La nostalgie est une force d’optimisme

Longtemps j’ai vu la nostalgie comme un problème récurrent à combattre. Entre les lendemains de soirées mythiques passés à boire du thé au fruit rouge, le cœur spleenéen, avec un fond de musique douce (au choix : Eskobar, Daho, Mraz, Feist, Asobi Seksu, etc.) et les périodes post-rupture où l’on repense intensément à tout le bonheur qui a disparu, où l’on ressasse les bons moments partagés à deux, en imaginant ce qui aurait pu advenir dans un futur hypothétique toujours idéalisé, j’ai associé en permanence la nostalgie à un vague synonyme d’un présent qui ne s’est pas formé comme il aurait du, ou pire, à une haine chronique du temps qui passe, porteur de tous les maux que nous vivons.
Il m’en a fallu du temps pour comprendre que la nostalgie est en réalité l’inverse. Il m’en a fallu des nuits de songe, des soirs d’isolement, des réveils difficiles, et des flash-back douloureux.

Vendredi, je suis allé en Belgique pour des raisons professionnelles. Alors que ma journée s’achevait, et que je prenais une bière bien méritée face à la gare de Bruxelles, j’ai recroisé un vieil ami de Sciences Po Lyon. La joie qui a éclaté en moi à ce moment fut incommensurable. Nous avons parlé une dizaine de minutes, narrant nos vies actuelles, ce que nous étions devenu (par action de ce fameux temps qui court). Il m’expliqua le déroulé de la remise des diplômes que je n’ai pas pu vivre, retenu à Paris pour l’occasion. Dans le Thalys du retour, impossible de ne pas penser à ces années de bonheur, étudiant insouciant, belle vie lyonnaise. Et de les comparer à ma vie actuelle, stressante, parisienne, sage.

Ce moment de réminiscence fut en réalité un bol d’air très frais, qui me rappela ô combien j’étais capable d’être drôle, enjoué, enthousiaste et heureux à une époque pas si lointaine. Il m’a permis de mettre en perspective ce que j’étais devenu avec ce que j’aspirais à l’époque, et me rendre compte que le Franck de 2007 n’aurait jamais accepté de devenir le Franck de 2010. Il me faut réagir. Certes, les choses ont changé, et sont difficiles. Mais n’ai-je jamais prôné l’action ? N’ai-je jamais conseillé autour de moi de vivre son présent en pleine conscience de son passé pour envisager un avenir radieux, directe conséquence de nos décisions ?

La nostalgie est une force d’optimisme. Plonger dans mon passé avec un prisme nostalgique me donne envie de me battre pour créer de nouveaux moments merveilleux. Je veux que dans quelques années, je regarde ces années avec la même nostalgie intense. Plus je serai nostalgique dans les temps à venir, plus je serai heureux et optimiste : cela voudra dire que j’ai vécu pleinement, une de ces belles vies que l’on pourra raconter dans une autobiographie palpitante, posant ainsi sur le papier des émotions variées, que j’aurai la fierté d’avoir ressenties au maximum.

1 Comment
  • Olivier S
    Posted at 22:57h, 28 avril Répondre

    T’as tout compris mon grand et très honnêtement, ça fait très plaisir de lire ça !
    Enfin, je ne vais pas à nouveau te réciter mon credo, ravi de voir que tu te reprends.

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