La spirale infernale des notifications

Amis, lecteurs, l’heure est grave.

Je viens de repérer une pathologie latente qui hante mon esprit et, plus généralement, ma vie, source de stress et d’incertitudes, proche des TOC, et aussi persistante qu’un aphte mal soigné. Il s’agit de la spirale infernale des notifications.

Du petit ding sur le smartphone au petit rond rouge avec un chiffre à l’intérieur sur la tablette, en passant par les menus Facebook, tout nous rappelle que nous avons un élément non lu, une action en attente, un rappel qui pointe, un message vocal à entendre. Un rappel de la technologie pour que nous ne nous endormions pas sur notre tâche, car d’autres arrivent, d’autres existent, et d’autres sont -qui sait- plus urgentes.

Invariablement, mon doigt va aller titiller cette maudite annonce pour découvrir, tel la pièce de 1€ découvrant la zone à gratter, le mystérieux événement, le nouveau mail, le SMS tant attendu. Lever le suspense, crever l’abcès qui nous ronge. Cela en devient maladif. Le besoin de connexion et de savoir, l’instantané, inhérent aux réseaux sociaux, qui, facteur aggravant, sont une partie importante de mon métier, m’obligent à agir, ou plutôt à réagir.

Mais cette accumulation m’irrite. Est-ce le besoin du sentiment du travail accompli ? Est-ce le plaisir du net et propre ? Je ne supporte pas de voir une notification laissée à l’abandon, esseulée, tel le petit pois orphelin dans la boite de conserve Bonduelle. Dès qu’une pastille apparait sur mon iPad, dès qu’une notification Facebook pointe le bout de son pixel, dès qu’une mention Twitter est en chemin, hop, je m’empresse de la libérer, d’araser le logiciel, de faire place nette.

Au moment même où j’écris ces lignes, les 2 extensions WordPress à mettre à jour m’énervent. Et entre le début de l’article et sa fin future, j’aurai probablement éloignés mes yeux et mon attention du travail d’écriture pour répondre à un SMS (ironie du sort, mon BlackBerry vient de se réveiller), lire une notification Facebook, ou checker un mail.

Prisonnier du « tout, tout de suite » et de l’hyperconnexion, je me sens malade, contraint dans un automatisme que je ne contrôle plus… Au point que je vais me mettre dans la liste des « peut-être » présents sur chaque événement Facebook, avant même de prendre une décision, juste pour ne plus voir ce « 1 » qui gêne ma vue sur mon profil. Une application sur smartphone buggant, affichant sans raison une notification inexistante est la pire des hantises. Elle risque la désinstallation pour un tel outrage à l’ordre des choses. Et je passerai le temps qu’il faudra pour résoudre ce problème, menaçant, m’approchant inexorablement de la crise de nerf.

Vous allez me dire, mais, pauvre Franck, désactive ces p******* de notifs, c’est simple bord**. Oui mais non. Car, là est la perversion du de cette spirale, je veux les notifications. Sans elles, je me sens déconnecté, et j’ai peur -nous y voilà- de louper quelque chose. Passer à côté. Être en retard. Laisser échapper le présent.

De tous les vices des réseaux sociaux, les notifications sont, de loin, mon addiction la plus forte et celle qui me rend le plus triste.

Ding. Je dois vous laisser.

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