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Les légendes urbaines prennent de l’ampleur au Vietnam

Je suis tombé dernièrement sur un article de Viet Nam News relatant l’existence de deux grosses légendes urbaines au Viet Nam.

La première commence à Hai Phong. Une jeune fille va acheter un réfrigérateur au Big C de la ville (l’hypermarché Géant Casino du Vietnam). Elle demande donc à être livrée. Le livreur procède à la livraison. Une vieille dame ouvre, mais affirme n’avoir rien commandé. A la lecture du bon de commande, elle s’effondre en larme: il s’agit de sa fille, morte dans un accident de la situation il y a quelques années de cela. Le livreur retourne au magasin et alerte le responsable, qui vérifie auprès de la vendeuse. Celle-ci retrouve 3 millions de VND (environ 120 €) dans sa caisse en plus de la normale. Pour finir, le réfrigérateur prend feu pour une raison inconnue.
Personne ne sait réellement d’où vient cette rumeur, et pour quelle raison elle a été déployée. Toujours est-il que le patron du magasin, Nguyen Thi Phuong Thao, a été obligé de prendre la parole publiquement pour démentir l’existence d’un fantôme dans le magasin, alors que l’histoire était apparue sur des journaux locaux. L’histoire s’est éteinte peu à peu, mais a demandé beaucoup d’efforts d’information.

La deuxième histoire se passe à Ha Noi cette fois. Le mois dernier, une rumeur enfla dans la capitale. On aurait retrouvé une tombe commune contenant 7 enfants dépourvus d’organes à Dang Xa et Phu Thi, dans la banlieue d’Ha Noi. Le bouche-à-oreille se propagea, comme quoi des enlèvements d’enfants pour le trafic d’organe aurait lieu autour d’Ha Noi.

Une habitante de la région a pris très au sérieux ces rumeurs:
« J’ai décidé d’accompagner mes enfants pour le déjeuner, même s’ils ne sont qu’à 150 mètres de chez moi. Je veux être sûre qu’ils sont en sécurité. » Et elle a demandé à aîné de la famille de surveiller le trajet de 50 mètres qui sépare le domicile familial de la maison.
Pourtant, le maire de Dang Xa affirme que rien n’a pu prouver l’existence d’une telle tombe, et que les gens ont toujours entendu l’histoire de quelqu’un d’autre, sans jamais remonter à un témoin direct.

Les légendes urbaines semblent donc reprendre de la vigueur au Viet Nam, et les autorités avouent avoir un mal fou à les contenir. Je n’ai pas à ma connaissance de légendes urbaines parisiennes, vous en connaissez?

Vietnam: la contestation vient du web

Avec l’essor de l’accessibilité au wifi dans les universités et cybercafés au Vietnam, les bloggeurs ont pu développer leur guerre contre la censure du Parti Communiste. Sous son pseudonyme, Mr Cold explique:

« On n’ira pas dans la rue, on ne criera rien. Nous sommes assis devant un écran, tapant et bloggant. C’est comme ça que nous nous rebellons. Les médias officiels décident de ce qu’on va entendre, lire et voir. Ils sont les esclaves des Communistes. »

Les médias officiels couvrent des informations lisses et généralistes, souvent orientées business, ou des projets de développements mis en avant par l’État. Ces bloggeurs, eux, critiquent le gouvernement et diffusent des informations absentes des journaux pour cause de censure. Le secteur des médias reste le seul secteur à ne pas avoir vraiment connu le relâchement du Communisme vietnamien. Journaux, télévisions et radios restent sous le contrôle très strict du gouvernement. Et les journalistes professionnels, s’ils s’amusent à diffuser des informations sensibles (comme le fameux scandale de 2006, où l’on avait découvert une affaire de corruption au sein du ministère des transports, qui plaçait l’argent public dans des paris de match de football…), les sanctions tombent, allant de la suppression de la carte de presse à des années de prison.
L’opposition politique se concentre donc sur le web, où les bloggeurs ont encore la liberté de parler de politique, mais aussi de sexualité et de drogue.
Néanmoins, comme je le reportais ici, le gouvernement commence à réagir à cette profusion de blogs personnels. En 2000, il y avait 200000 utilisateurs d’Internet au Vietnam, contre 17,5 millions aujourd’hui, et environ 1 million de blogs pour une population totale de 86 millions d’habitants. Suffisamment pour que le gouvernement prenne très au sérieux le risque de protestation virale.
Bien sûr, il n’y a pas que des blogs de contestation politique, et certains bloggeurs choisissent d’appeler aux reformes d’une manière plus subtile, en éduquant les jeunes défavorisés aux nouvelles technologies, ou en défendant la liberté de parole sans critiquer le gouvernement en place. Mais ils restent minoritaires face aux bloggeurs de combat, critiquant le Vietnam et, parfois plus vigoureusement, la Chine.
Ils arrivent parfois à s’organiser, comme on l’avait vu l’an dernier pour une grande manifestation à Hanoi pour protester contre l’attitude du gouvernement chinois dans le délicat problème de la revendication des îles Spratly et Paracel (campagne online qui avait d’ailleurs été relayée sur mon blog ;) ).
Occasionnellement, ils arrivent même à hacker des sites officiels pour y insérer des messages pro-démocratiques.

Il va falloir suivre de très près la riposte d’Hanoi (cf. mon dernier post sur le sujet), qui risque très prochainement de limiter et de contrôler l’accès à l’une des plateformes de blogs les plus prisées, Yahoo 360°…

Crédit citation et chiffres: Geoffrey Cain, San Francisco Chronicle

Vietnam: Google et Yahoo! pour « réguler » les blogs?

Et ça continue… On connaissait la politique sticte du gouvernement vietnamien envers les cyberdissidents. Le bloggeur Dieu Cay, de son vrai nom Nguyen Hoang Hai, paye actuellement ses positions trop radicales sur le sujet sensible des îles Spratleys et Paracels (conflit territorial avec la Chine). Son procès en appel, qui se tiendra très prochainement, sera fermé aux journalistes étrangers… Il est officiellement accusé de fraude fiscale. Plusieurs cyberdissidents sont déjà sous les verrous.

Dans ce contexte difficile, paradoxalement s’est développé la blogosphère vietnamienne, vu d’un mauvais oeil par Hanoi, qui voit ce nouveau moyen d’expression de la population comme un danger potentiel qu’il ne contrôle pas vraiment, à la différence des médias traditionnels bien muselés.

Ceci pourrait donc rapidement changer puisque le gouvernement travaille sur des mesures pour limiter cette blogoshère, et notamment sur une circulaire chargée « de fournir des lignes directrices sur la distribution de l’information sur les blogs », a précisé le vice-ministre de l’Information Do Quy Doan, cité par Vietnam News.

Les autorités ne veulent pas « intervenir dans la vie privée des blogueurs », a-t-il précisé. Mais la circulaire devrait « donner un cadre pour aider les blogueurs à comprendre l’étendue des activités qui leur sont permises », a-t-il ajouté, soulignant que d’autres « documents légaux » seraient publiés par la suite pour préciser les sanctions assorties aux violations.

Le quotidien Thanh Nien Daily affirme lui que le ministère de l’Information « contactera Google et Yahoo! en vue d’une coopération pour créer l’environnement pour les blogueurs le plus sain et le meilleur possible ».

Le deux pas en avant, trois pas en arrière du Vietnam à l’égard des libertés individuelles continue.

Un cybercafé au Vietnam

Un cybercafé au Vietnam

source: AFP
crédit photographique: better_thank_your_lucky_star_jp on Flickr

Hanoi: la lente agonie des temples et sites historiques

Je crois que ça fait longtemps que je n’avais rien dit sur le Vietnam ^^ Et bien je vais parler de quelque chose qui me tient à coeur. Tout d’abord, flashback pour ceux qui me découvrent. Je suis un amoureux du Vietnam, pays de mon coeur et de mes origines, j’y ai habité aussi, à Saigon. Comme le disait il y a peu Petit Chinois, mon quart vietnamien a pris le dessus sur mon Moi. Je suis bec et ongle à défendre le pays, et mes frères vietnamiens, ça en est presque obsessionnel. Revenons à présent à nos moutons.
Je suis préoccupé par le manque cruel de politique culturelle au Vietnam. A force de tout concentrer sur l’économique, les dirigeants ont un peu laissé pour compte la culture et le patrimoine historique. Je reviens aujourd’hui avec une preuve indéniable de ce laxisme: Hanoi. Tout le monde au Vietnam est d’accord pour affirmer la sacralité des temples bouddhistes, des lieux de cultes en général, et des sites historiques liés. Pourtant, tout le monde semble se foutre royalement de leur sort.
Je vous propose aujourd’hui quelques images, en guise d’exemples de l’utilisation qui est faite de ses sites remarquables:

Crédit photographique: VNN Bridge